En 2009, il y a presque une décennie, presque un siècle, étaient encore régulièrement diffusées des campagnes de prévention contre le sida, qui n’étaient certes pas toujours très originales, parfois même maladroites, mais qui avaient le mérite d’exister, de sensibiliser et surtout de maintenir une sorte d’alerte rémanente dans l’inconscient collectif — notamment celui des homosexuels masculins — en martelant que la maladie était toujours là, mortelle, et que pour l’éviter, aussi pesant que cela puisse être, il était essentiel de garder le réflexe du préservatif.
À l’époque, une série de vidéos avait été créée, dont l’une assez mémorable puisqu’elle mettait en scène un acteur porno français bien connu du milieu gay, François Sagat. Ce garçon n’avait jamais versé dans le barebacking, qui pourtant se répandait déjà à la vitesse grand V, y compris dans les productions américaines auxquelles il participait. Il avait alors prêté sa plastique et sa « renommée » à ces clips de prévention plutôt coquins et bien troussés. Le message était clair : « si dans mes films pornos je mets une capote et du gel, toi, lors de tes plans cul, tu peux faire pareil ».
Le retentissement médiatique et sa portée symbolique avaient été importants et, puisque l’on s’en souvient près de dix ans plus tard, efficaces.
Aujourd’hui, tout cela vient d’être balayé par une autre vidéo, un porno pur et dur cette fois-ci, dans lequel l’acteur en question, bien qu’il eût annoncé quelques années auparavant s’être retiré de cette industrie, vient pour la première fois, officiellement en tout cas, de s’adonner au bareback.
Nous avons vraiment changé d’époque. Nul n’ose le dire, mais désormais dans la vie courante, rares sont ceux qui mettent encore un préservatif, même pour un rapport occasionnel ou sans lendemain. Les progrès de l’ingénierie pharmaceutique sont passés par là. Outre le fait que les trithérapies sont (à tort) de plus en plus considérées comme une capote chimique, « se propage l’idée qu’il est beaucoup plus safe de baiser sans capote, dès lors qu’on est sous PreP ou qu’on a pour partenaires des séropositifs sous traitement. Au contraire, il se dit que la capote peut se déchirer et que ceux qui l’utilisent font statistiquement moins souvent de tests et sont donc susceptibles d’être des séropositifs qui s’ignorent. Voire qui savent, mais qui mentent ».
Voilà donc un système de valeurs totalement inversé, pour ne pas dire perverti, dans lequel mettre une capote devient suspect. Et notre François Sagat, qui était une espèce d’icône de la lutte contre le sida, peut-être parce qu’il a besoin d’argent, brade sans frémir ce statut pour entamer à l’aube de la quarantaine une seconde carrière dans le porno bareback. Et avec lui meurt un peu plus le combat pour le port du préservatif...
Signe des temps, pas une ligne nulle part sur le sujet, hormis cet article de PinkTV.
vendredi 29 juin 2018
vendredi 18 mai 2018
La galaxie vivante
Les sentiers du Granto
épisode 8/8
(Tous les épisodes)
Butch n’avait jamais vu Gusar dans un état pareil. L’ex-chef de la sécurité de Zerfa s’agitait de façon stérile. Ça en devenait gênant. Il ratait des manœuvres simples, tournait en rond, entrait dans une pièce, en ressortait… avant d’y rentrer à nouveau. Depuis qu’ils étaient revenus à bord de l’Érythrée, l’attitude de Gusar contrastait avec le calme olympien de Valas et son mutisme complet. Entre les deux, Butch se demandait s’il était le seul à réagir normalement.
Gusar avait pris contact avec la confrérie. Il devait faire son rapport et Butch aurait eu mauvaise grâce à l’en dissuader étant donné l’appui tactique et logistique que les O’Nissi lui avaient fourni par son intermédiaire. Ils avaient ensuite sorti l’Érythrée de sa cachette et s’étaient rendus en un point de l’espace à l’écart des routes commerciales, où ils attendaient que Sioben les rejoigne.
Le vaisseau des O’Nissi était un croiseur rapide. Impressionnant. Deux fois plus grand que l’Érythrée, il laissait apparaître sur sa coque les renflements caractéristiques de ses canons à particules. Le cœur de Butch rata un battement. S’il leur en prenait l’envie, les O’Nissi ne feraient qu’une bouchée de l’Érythrée. Gusar remarqua son appréhension. « C’est simplement notre vaisseau le plus rapide.
— Et l’un des mieux armés, apparemment.
— Nous ne sommes pas tes ennemis, Butch.
— Non, bien sûr. Juste des amis qui se pointent pour papoter avec un bazooka en bandoulière.
— C’est pour notre sécurité à tous.
— Et pour discuter d’égal à égal, je suppose. »
Butch culpabilisa sous le regard blessé que lui lança Gusar. « Excuse-moi. Toute cette histoire me rend parano.
— Non, tu as raison. À ta place, j’imagine que j’aurais la même réaction. Mais ce sont eux qui viennent à bord. Si ça peut te rassurer.
— On va dire que oui. »
Le sas du hangar principal de l’Érythrée se referma sur la navette qui appontait. La pressurisation à peine rétablie, un escalier télescopique se déploya sous son ventre. Sioben en descendit et se dirigea vers eux, souriant. Il les gratifia d’un sonore : « Bonjour, je suis si heureux de vous revoir ! » avant de se retourner vers l’appareil d’où sortait une femme blonde d’aspect jeune, chignon serré, portant une longue robe de bure gris taupe, et d’ajouter : « Je suis venu avec une amie. Voici sœur Bénédicte, notre spécialiste en psycho-génétique ».
D’un geste, Butch leur indiqua l’écoutille qui menait aux quartiers de vie. La petite troupe déboucha dans le mess, qui était meublé simplement mais confortablement. Une rangée de canapés formait un cercle presque complet autour d’une grande table basse, devant le comptoir qui séparait la pièce du coin cuisine. Les yeux fermés, assis dans la position du lotus, Valas les attendait. Butch éprouva à nouveau cette étrange sensation, comme à chaque fois qu’il le quittait des yeux durant plus d’une demi-heure. Il avait la très nette impression que l’enfant vieillissait à vue d’œil. Quand il l’avait découvert sur la planète, c’était un môme d’à peine huit ans. En moins de trois jours, il avait pris l’apparence d’un jeune adulte qui en faisait dix de plus. Il comprit que ce n’était pas un effet de son imagination quand il croisa le regard de Gusar. Lui aussi avait noté l’évolution.
Sioben et sœur Bénédicte s’assirent en face de Valas. Gusar resta debout, derrière les canapés. Butch passa dans la cuisine pour préparer des rafraîchissements. De là où il se trouvait, il pouvait observer toute la scène. Il se méfiait de la sœur, une sorcière Guesserit. Elle avait une façon très particulière de se tenir en retrait, de ne laisser paraître aucune émotion, tout en observant avec acuité l’endroit où elle se trouvait et les gens qu’elle rencontrait. Butch savait que rien ne lui échappait et qu’elle était entraînée à tirer parti du moindre détail.
Le silence qui s’était installé n’était brisé que par les préparatifs de Butch. Quand il posa sur la table un plateau qu’il avait garni de cinq verres, d’un broc rempli d’eau fraîche et de barres vitaminées, Valas ouvrit les yeux. Les mots qu’il prononça firent subtilement tressaillir l’O’Nissi. La Guesserit, elle, ne cilla pas. « Je suis né du Granto. Je suis celui que vous attendiez. »
Sioben jeta un bref coup d’œil à Gusar qui secoua imperceptiblement la tête. Valas poursuivait : « Vous apportez des nouvelles. Parlez. » La sœur, qui n’avait pas bougé d’un millimètre et qui n’avait pas prononcé un mot depuis qu’elle avait posé le pied sur l’Érythrée, lâcha alors un glacial : « Qui êtes-vous ?
— Un mot vous suffirait ?
— Quel est ce mot ?
— Qyostêo. »
Et la Guesserit cilla. Et Sioben tressaillit pour de bon. « Nous… nous avons effectivement des nouvelles. Elles ne sont pas bonnes.
— Précisez.
— Les gouvernements se coalisent avec les Métas. Ils réunissent leurs forces. La loi martiale a été décrétée sur trente-trois des cinquante mondes habités. »
Butch était atterré. « Mais enfin, sous quel prétexte ? Ils ne peuvent quand même pas manipuler l’armée et les institutions aussi facilement !
— Le prétexte est tout trouvé, Butch. Terrorisme. Vous avez un peu fait exploser leur armada.
— Avec votre aide.
— Certes. Quoi qu’il en soit, ils ont placé leurs hommes aux postes clés depuis de longues années. La plupart des gouvernements sont à leur botte.
— Mais, le peuple… »
La sœur le coupa : « Le peuple n’existe pas. La conscience populaire n’est qu’une illusion que l’on façonne à volonté. » Et Sioben enchaîna, regardant Valas droit dans les yeux : « Toute chose n’est qu’illusion, ma sœur, concept, métaphore et lumière. » Valas lui rendit son regard et continua sur le même ton litanique : « Et la vie n’est qu’un rêve, un simple intermède.
— Vous connaissez nos paroles.
— Vos paroles sont dans mes songes, vos prières forgent mon esprit.
— Alors, vous saurez nous guider ? »
Valas déplia ses jambes et se leva lentement. « Vous venez de me tester par deux fois. Ne m’insultez pas avec un piège aussi grossier. Ni prophète, ni messie.
— Excusez-moi. Nous devions savoir.
— C’est la première et la dernière fois que nous nous parlons.
— Si je vous ai offensé…
— Vous ne comprenez pas. Je ne suis pas là pour vous. Je suis là pour l’avenir. C’est pourquoi je n’irai pas avec vous.
— Le combat sera sans merci. Nous avons besoin de vos connaissances.
— Vous les aurez. Le moment venu.
— Comment comptez-vous faire ? »
Valas versa de l’eau dans les cinq verres et en prit un. Ce fut comme un signal et chacun saisit le sien. Il but lentement, semblant peser les mots qu’il allait prononcer. « Pour l’instant, nous ne faisons rien. »
La stupeur se peignit franchement sur le visage de Sioben. La Guesserit reposa un peu trop sèchement son verre sur la table. Sa voix était étouffée : « Les forces du néant avancent…
— Oui, les ténèbres vont s’ajouter aux ténèbres.
— De quoi parlez-vous ?
— Des puissances qui manipulent vos propres ténèbres. Des puissances qui piaffent de l’autre côté des limbes.
— Des non-humains ?
— Une main noire s’est réveillée d’un long sommeil. Elle a une faim inextinguible. Mais elle ne doit pas savoir que nous savons. Nous ne sommes pas encore suffisamment organisés et ce n’est pas encore l’heure pour moi. En attendant, vous allez former les esprits.
— Une résistance ? Mais…
— Mieux que cela. Vous allez créer l’espoir. Vous vous y préparez depuis longtemps. Vous savez ce que vous avez à faire. »
Valas fit un léger signe de tête et regagna sa cabine. L’entretien était terminé. Sœur Bénédicte et Sioben se levèrent. Butch les précéda dans le couloir. Gusar suivit.
Dans le hangar, la Guesserit se tourna vers Butch. « Vous devez le protéger à tout prix. À tout prix ! Me suis-je bien fait comprendre ?
— C’est très clair, oui.
— Vous avez une très lourde responsabilité. Je ne crois pas que vous en mesuriez toutes les conséquences.
— Dois-je vous rappeler le détail de mes aventures de ces quinze derniers jours ?
— Ce que vous venez de vivre n’était qu’une aimable plaisanterie en regard de ce qui vous attend. La totalité des forces de l’empire humain vous recherche. Mort ou vif.
— Je suis au courant et…
— Et Gusar restera avec vous pour vous seconder. Vous ne serez pas trop de deux. »
Alors que la sorcière remontait dans la navette, Sioben s’approcha des garçons. Son expression était triste. « Nous plongeons dans le chaos, mes amis. Nul ne sait quand, mais soyez assurés que nous nous reverrons. »
Une fois la navette repartie, Butch se rendit directement chez Valas : « Jeune homme, vous me devez des explications !
— Asseyez-vous. Ce que je vais vous dire maintenant est destiné à vos seules oreilles. Il y a quelques siècles, une petite partie de l’humanité a découvert l’une des clés de l’univers. C’est ce qu’on appelle le Grand Orbe. Par contraction, le vocable est devenu le Granto. Son précepte fondamental est que toute vie est liée et douée de conscience, à des degrés divers. Il en va ainsi des plantes comme des animaux, des humains. Et des astres.
— Les planètes sont vivantes ?
— Cela vous paraît si étrange ? Oui, les planètes sont vivantes. Elles naissent, vivent et meurent comme tout ce qui existe de ce côté-ci de l’univers. Elles sont vivantes et possèdent un esprit. Cet esprit est la Mère. C’est une entité globale, lente. Les humains ne peuvent pas communiquer avec elle, sinon par un certain type de rêve. Celui que les O’Nissi et les Guesserit pratiquent, par exemple.
— C’est délirant votre truc.
— En revanche, accéder directement à la conscience d’une planète comme vous l'avez fait confère un immense pouvoir.
— Et vous ? Qu’êtes-vous dans tout ça ? »
Valas sourit pour la première fois. « Je suis le fils de ma Mère. Je porte son esprit.
— Une sorte de dieu vivant, c’est ça ?
— Pas un dieu. Un mortel né avec cette connaissance. Mais c’est plus un fardeau qu’un cadeau, croyez-moi.
— Et maintenant ?
— L’aventure ne fait que commencer.
— Super. Seulement, on ne va pas pouvoir se cacher éternellement. Mes réserves sont limitées.
— Quand on parle aux étoiles, on sait à quelle fontaine s’abreuver. »
épisode 8/8
(Tous les épisodes)
Butch n’avait jamais vu Gusar dans un état pareil. L’ex-chef de la sécurité de Zerfa s’agitait de façon stérile. Ça en devenait gênant. Il ratait des manœuvres simples, tournait en rond, entrait dans une pièce, en ressortait… avant d’y rentrer à nouveau. Depuis qu’ils étaient revenus à bord de l’Érythrée, l’attitude de Gusar contrastait avec le calme olympien de Valas et son mutisme complet. Entre les deux, Butch se demandait s’il était le seul à réagir normalement.
Gusar avait pris contact avec la confrérie. Il devait faire son rapport et Butch aurait eu mauvaise grâce à l’en dissuader étant donné l’appui tactique et logistique que les O’Nissi lui avaient fourni par son intermédiaire. Ils avaient ensuite sorti l’Érythrée de sa cachette et s’étaient rendus en un point de l’espace à l’écart des routes commerciales, où ils attendaient que Sioben les rejoigne.
Le vaisseau des O’Nissi était un croiseur rapide. Impressionnant. Deux fois plus grand que l’Érythrée, il laissait apparaître sur sa coque les renflements caractéristiques de ses canons à particules. Le cœur de Butch rata un battement. S’il leur en prenait l’envie, les O’Nissi ne feraient qu’une bouchée de l’Érythrée. Gusar remarqua son appréhension. « C’est simplement notre vaisseau le plus rapide.
— Et l’un des mieux armés, apparemment.
— Nous ne sommes pas tes ennemis, Butch.
— Non, bien sûr. Juste des amis qui se pointent pour papoter avec un bazooka en bandoulière.
— C’est pour notre sécurité à tous.
— Et pour discuter d’égal à égal, je suppose. »
Butch culpabilisa sous le regard blessé que lui lança Gusar. « Excuse-moi. Toute cette histoire me rend parano.
— Non, tu as raison. À ta place, j’imagine que j’aurais la même réaction. Mais ce sont eux qui viennent à bord. Si ça peut te rassurer.
— On va dire que oui. »
Le sas du hangar principal de l’Érythrée se referma sur la navette qui appontait. La pressurisation à peine rétablie, un escalier télescopique se déploya sous son ventre. Sioben en descendit et se dirigea vers eux, souriant. Il les gratifia d’un sonore : « Bonjour, je suis si heureux de vous revoir ! » avant de se retourner vers l’appareil d’où sortait une femme blonde d’aspect jeune, chignon serré, portant une longue robe de bure gris taupe, et d’ajouter : « Je suis venu avec une amie. Voici sœur Bénédicte, notre spécialiste en psycho-génétique ».
D’un geste, Butch leur indiqua l’écoutille qui menait aux quartiers de vie. La petite troupe déboucha dans le mess, qui était meublé simplement mais confortablement. Une rangée de canapés formait un cercle presque complet autour d’une grande table basse, devant le comptoir qui séparait la pièce du coin cuisine. Les yeux fermés, assis dans la position du lotus, Valas les attendait. Butch éprouva à nouveau cette étrange sensation, comme à chaque fois qu’il le quittait des yeux durant plus d’une demi-heure. Il avait la très nette impression que l’enfant vieillissait à vue d’œil. Quand il l’avait découvert sur la planète, c’était un môme d’à peine huit ans. En moins de trois jours, il avait pris l’apparence d’un jeune adulte qui en faisait dix de plus. Il comprit que ce n’était pas un effet de son imagination quand il croisa le regard de Gusar. Lui aussi avait noté l’évolution.
Sioben et sœur Bénédicte s’assirent en face de Valas. Gusar resta debout, derrière les canapés. Butch passa dans la cuisine pour préparer des rafraîchissements. De là où il se trouvait, il pouvait observer toute la scène. Il se méfiait de la sœur, une sorcière Guesserit. Elle avait une façon très particulière de se tenir en retrait, de ne laisser paraître aucune émotion, tout en observant avec acuité l’endroit où elle se trouvait et les gens qu’elle rencontrait. Butch savait que rien ne lui échappait et qu’elle était entraînée à tirer parti du moindre détail.
Le silence qui s’était installé n’était brisé que par les préparatifs de Butch. Quand il posa sur la table un plateau qu’il avait garni de cinq verres, d’un broc rempli d’eau fraîche et de barres vitaminées, Valas ouvrit les yeux. Les mots qu’il prononça firent subtilement tressaillir l’O’Nissi. La Guesserit, elle, ne cilla pas. « Je suis né du Granto. Je suis celui que vous attendiez. »
Sioben jeta un bref coup d’œil à Gusar qui secoua imperceptiblement la tête. Valas poursuivait : « Vous apportez des nouvelles. Parlez. » La sœur, qui n’avait pas bougé d’un millimètre et qui n’avait pas prononcé un mot depuis qu’elle avait posé le pied sur l’Érythrée, lâcha alors un glacial : « Qui êtes-vous ?
— Un mot vous suffirait ?
— Quel est ce mot ?
— Qyostêo. »
Et la Guesserit cilla. Et Sioben tressaillit pour de bon. « Nous… nous avons effectivement des nouvelles. Elles ne sont pas bonnes.
— Précisez.
— Les gouvernements se coalisent avec les Métas. Ils réunissent leurs forces. La loi martiale a été décrétée sur trente-trois des cinquante mondes habités. »
Butch était atterré. « Mais enfin, sous quel prétexte ? Ils ne peuvent quand même pas manipuler l’armée et les institutions aussi facilement !
— Le prétexte est tout trouvé, Butch. Terrorisme. Vous avez un peu fait exploser leur armada.
— Avec votre aide.
— Certes. Quoi qu’il en soit, ils ont placé leurs hommes aux postes clés depuis de longues années. La plupart des gouvernements sont à leur botte.
— Mais, le peuple… »
La sœur le coupa : « Le peuple n’existe pas. La conscience populaire n’est qu’une illusion que l’on façonne à volonté. » Et Sioben enchaîna, regardant Valas droit dans les yeux : « Toute chose n’est qu’illusion, ma sœur, concept, métaphore et lumière. » Valas lui rendit son regard et continua sur le même ton litanique : « Et la vie n’est qu’un rêve, un simple intermède.
— Vous connaissez nos paroles.
— Vos paroles sont dans mes songes, vos prières forgent mon esprit.
— Alors, vous saurez nous guider ? »
Valas déplia ses jambes et se leva lentement. « Vous venez de me tester par deux fois. Ne m’insultez pas avec un piège aussi grossier. Ni prophète, ni messie.
— Excusez-moi. Nous devions savoir.
— C’est la première et la dernière fois que nous nous parlons.
— Si je vous ai offensé…
— Vous ne comprenez pas. Je ne suis pas là pour vous. Je suis là pour l’avenir. C’est pourquoi je n’irai pas avec vous.
— Le combat sera sans merci. Nous avons besoin de vos connaissances.
— Vous les aurez. Le moment venu.
— Comment comptez-vous faire ? »
Valas versa de l’eau dans les cinq verres et en prit un. Ce fut comme un signal et chacun saisit le sien. Il but lentement, semblant peser les mots qu’il allait prononcer. « Pour l’instant, nous ne faisons rien. »
La stupeur se peignit franchement sur le visage de Sioben. La Guesserit reposa un peu trop sèchement son verre sur la table. Sa voix était étouffée : « Les forces du néant avancent…
— Oui, les ténèbres vont s’ajouter aux ténèbres.
— De quoi parlez-vous ?
— Des puissances qui manipulent vos propres ténèbres. Des puissances qui piaffent de l’autre côté des limbes.
— Des non-humains ?
— Une main noire s’est réveillée d’un long sommeil. Elle a une faim inextinguible. Mais elle ne doit pas savoir que nous savons. Nous ne sommes pas encore suffisamment organisés et ce n’est pas encore l’heure pour moi. En attendant, vous allez former les esprits.
— Une résistance ? Mais…
— Mieux que cela. Vous allez créer l’espoir. Vous vous y préparez depuis longtemps. Vous savez ce que vous avez à faire. »
Valas fit un léger signe de tête et regagna sa cabine. L’entretien était terminé. Sœur Bénédicte et Sioben se levèrent. Butch les précéda dans le couloir. Gusar suivit.
Dans le hangar, la Guesserit se tourna vers Butch. « Vous devez le protéger à tout prix. À tout prix ! Me suis-je bien fait comprendre ?
— C’est très clair, oui.
— Vous avez une très lourde responsabilité. Je ne crois pas que vous en mesuriez toutes les conséquences.
— Dois-je vous rappeler le détail de mes aventures de ces quinze derniers jours ?
— Ce que vous venez de vivre n’était qu’une aimable plaisanterie en regard de ce qui vous attend. La totalité des forces de l’empire humain vous recherche. Mort ou vif.
— Je suis au courant et…
— Et Gusar restera avec vous pour vous seconder. Vous ne serez pas trop de deux. »
Alors que la sorcière remontait dans la navette, Sioben s’approcha des garçons. Son expression était triste. « Nous plongeons dans le chaos, mes amis. Nul ne sait quand, mais soyez assurés que nous nous reverrons. »
Une fois la navette repartie, Butch se rendit directement chez Valas : « Jeune homme, vous me devez des explications !
— Asseyez-vous. Ce que je vais vous dire maintenant est destiné à vos seules oreilles. Il y a quelques siècles, une petite partie de l’humanité a découvert l’une des clés de l’univers. C’est ce qu’on appelle le Grand Orbe. Par contraction, le vocable est devenu le Granto. Son précepte fondamental est que toute vie est liée et douée de conscience, à des degrés divers. Il en va ainsi des plantes comme des animaux, des humains. Et des astres.
— Les planètes sont vivantes ?
— Cela vous paraît si étrange ? Oui, les planètes sont vivantes. Elles naissent, vivent et meurent comme tout ce qui existe de ce côté-ci de l’univers. Elles sont vivantes et possèdent un esprit. Cet esprit est la Mère. C’est une entité globale, lente. Les humains ne peuvent pas communiquer avec elle, sinon par un certain type de rêve. Celui que les O’Nissi et les Guesserit pratiquent, par exemple.
— C’est délirant votre truc.
— En revanche, accéder directement à la conscience d’une planète comme vous l'avez fait confère un immense pouvoir.
— Et vous ? Qu’êtes-vous dans tout ça ? »
Valas sourit pour la première fois. « Je suis le fils de ma Mère. Je porte son esprit.
— Une sorte de dieu vivant, c’est ça ?
— Pas un dieu. Un mortel né avec cette connaissance. Mais c’est plus un fardeau qu’un cadeau, croyez-moi.
— Et maintenant ?
— L’aventure ne fait que commencer.
— Super. Seulement, on ne va pas pouvoir se cacher éternellement. Mes réserves sont limitées.
— Quand on parle aux étoiles, on sait à quelle fontaine s’abreuver. »
vendredi 11 mai 2018
L'enfant de l'univers
Les sentiers du Granto
épisode 7/8
(Tous les épisodes)
Quatre soleils explosèrent au-dessus de la navette qui fonçait vers la planète. La déflagration lumineuse fut d’une telle intensité qu’elle éclipsa le rayonnement de l’astre naturel. Butch ferma les yeux et détourna la tête. Le petit vaisseau tangua sous le souffle mais il poursuivit sa course vers le continent qui s’étalait, majestueux, au centre de l’hémisphère nord. Butch savait que la destruction de l’armada du Méta aurait un prix. Des explosions nucléaires si proches ne pouvaient évidemment pas être sans conséquence. Et la fureur du Méta, quand il ferait le compte — dix vaisseaux-mères détruits, au moins vingt mille soldats tués et une planète Terra, viable et déserte, entièrement contaminée — serait sans limite.
Le relief se précisait. Guidé par l’ordinateur dans lequel Butch avait entré les coordonnées, l’aéronef perdait rapidement de l’altitude et se dirigeait vers l’une des plus hautes montagnes. Quand elle boucha l’horizon, Butch réduisit la vitesse. Il repéra assez facilement l’endroit, coupa les gaz et posa l’appareil en douceur. Avant de sortir, il contrôla l’écran des détecteurs. Dans moins de deux heures, la planète tout entière serait radioactive. Plus aucun être humain ne pourrait y vivre et la faune indigène allait y passer. Butch s’interdit d’y penser. Il serait toujours temps de culpabiliser pour cette planète qu’il venait de sacrifier.
Il enfila sa combinaison qui était une merveille de technologie. Un cadeau de Gusar, le dernier cri dans les forces de l’ordre. Fine et légère, elle protégeait des températures extrêmes et des radiations — en quantité raisonnable. C’était aussi un vêtement furtif qui lui permettait de se fondre dans l’environnement et un puissant ordinateur pourvu de capteurs très efficaces, dont les circuits et le processeur étaient intégrés au tissu. Au niveau du cou, se trouvait le câble de connexion qu’il enficha dans son bioport. Instantanément, les différentes fonctions apparurent à la lisière de son champ de vision, accessibles d’une simple pensée. Dans un sac à dos, il enfourna rapidement quelques explosifs, une trousse de secours et des rations de survie. Il n’hésita qu’une seconde avant de prendre son révolaser. Il avait décidé d’être prudent.
Le pont était à environ un kilomètre à l’est, dans la forêt qui recouvrait la montagne à perte de vue. Butch ne mit pas longtemps à retrouver le chemin qu’il avait emprunté la première fois. Pendant qu’il avançait, il testa la télémétrie en ordonnant à l’IA de remettre les moteurs sous tension et de les maintenir en veille. Si les circonstances l’exigeaient, il voulait être capable de décoller immédiatement. La nature était anormalement silencieuse. Dans le ciel, d’un gris fade et uniforme, Butch aperçut des traînées fugitives à plusieurs reprises. En tombant sur la planète, les débris de l’armada se désintégraient au contact de l’atmosphère.
Il mit presque une demi-heure pour atteindre le pont. À mesure qu’il approchait, des nappes de brouillard naissaient sur le sol, s’étiraient entre les arbres, s’accrochaient aux branches. D’abord translucides, elles devinrent de plus en plus denses. Il sut qu’il était arrivé en reconnaissant un bruit de cascade complètement étouffé. Il devina l’artefact plus qu’il ne le vit. La brume créait une ambiance ouatée, irréelle, comme dans ces holo-programmes fantastiques de série B qui faisaient le bonheur des ados — et des ados attardés. Aucun monstre n’errait pourtant dans les parages, les capteurs de la combi étaient formels sur ce point. Butch s’était immobilisé. Il posa un pied sur le pont. Il crut entendre son nom. Un son lointain, mâché. L’ambiance aurait donné des sueurs froides à bien des endurcis. « …uuuch…
— Vous êtes là ?
— Buuchh ?
— Oui, c’est moi, Butch. Je suis seul. Vous pouvez vous montrer. »
Face à lui, de l’autre côté du pont, les bancs de brume s’agitèrent légèrement. Un visage apparut. Une femme. Son corps évanescent était drapé de blanc. « Nouvelle conversation ?
— Je vous l’avais promis.
— Poison envahit.
— Je suis désolé. Il n’y avait pas d’autre solution.
— Pas de culpabilité.
— Vous… vous allez vous en sortir ? »
Butch se sentit profondément stupide en prononçant ces mots. Mais c’était plus fort que lui. « Pas de culpabilité. Renaissance. Cycle nouveau.
— Oui… de nombreux cycles, j’en ai peur.
— Pas cycles humains. Cosmiques.
— Je… j’ai essayé de cacher votre existence. Ils m’ont coincé. Ce pont doit disparaître, maintenant. La radioactivité n’empêchera pas mes semblables de venir vous chercher.
— Après conversation.
— De quoi voulez-vous parler ?
— Bouleversements, fureur. Humanité… grand danger.
— L’humanité est en danger depuis longtemps. Elle est son propre danger, d’ailleurs. Si vous pouviez préciser…
— Non-humains. Avidité, cruauté. Destructeurs de vie. »
La silhouette se troubla et disparut dans les volutes de brouillard. Butch fit un pas de plus sur le pont. « Vous êtes toujours là ? »
L’entité se reforma. Le visage exprimait de l’inquiétude. « Temps fuit.
— S’il vous plaît, dites-m’en plus… De quoi parlez-vous ?
— Le renouveau. Protéger nouvelle vie.
— Je ne comprends pas…
— Vie de ma vie. Avenir.
— Mais… quelle vie ? »
Il n’y eut aucune réponse. L’entité se désagrégea à nouveau, comme la brume épaisse qui noyait la scène. En quelques secondes, chaque chose reprit sa place, les arbres réapparurent, le son de la cascade s’amplifia et s’éclaircit. Au milieu du pont se tenait un enfant. « Je m’appelle Valas.
— Mais, où est…
— Mère est partie. Nous devons partir nous aussi. Maintenant. »
Butch se dit que les radiations devaient déjà altérer son cerveau. Mais l’enfant était bien réel. Il se mit à marcher calmement et le dépassa pour se planter à dix mètres du pont. « Venez. Le pont va être détruit.
— Co… comment ça ? Je n’ai pas posé les charges…
— Approchez ! »
Le ton du gamin était impérieux. Butch était à peine arrivé à sa hauteur qu’un grondement résonna. La chute d’eau bucolique se transforma en geyser d’une incroyable puissance, qui tombait sur le pont avec une violence inouïe. L’artefact résonnait et tremblait comme si une main de géant le secouait. La chute grossit encore. Il y eut un bruit plus inquiétant. Des raclements. D’énormes roches fracassèrent le pont. En moins de cinq minutes, tout avait disparu. Plus personne ne pouvait imaginer qu’une construction s’était un jour dressée là. Puis la cascade diminua progressivement. Butch n’eut pas le temps de s’appesantir. Valas s’était engagé sur le chemin et avançait d’un pas ferme.
Ils décollèrent sans encombre. Pendant qu’il programmait le bond hyperluminique, Butch tenta de poser des questions à Valas. Qui était-il ? Que faisait-il là ? D’où venait-il ? Il se heurtait à un mur de silence. La seule information qu’il obtint fut un laconique : « Vous saurez tout à destination.
— Quelle destination ?
— Là où vous avez rendez-vous. Je parlerai. »
Valas resta muet durant tout le voyage de retour, jusqu’à la planque de Butch où les attendait Gusar à bord de l’Érythrée. La stupeur qui se peignit alors sur son visage buriné aurait été presque comique s’il ne s’était agenouillé devant l’enfant : « Bienvenue, fils de l’univers ! »
épisode 7/8
(Tous les épisodes)
Quatre soleils explosèrent au-dessus de la navette qui fonçait vers la planète. La déflagration lumineuse fut d’une telle intensité qu’elle éclipsa le rayonnement de l’astre naturel. Butch ferma les yeux et détourna la tête. Le petit vaisseau tangua sous le souffle mais il poursuivit sa course vers le continent qui s’étalait, majestueux, au centre de l’hémisphère nord. Butch savait que la destruction de l’armada du Méta aurait un prix. Des explosions nucléaires si proches ne pouvaient évidemment pas être sans conséquence. Et la fureur du Méta, quand il ferait le compte — dix vaisseaux-mères détruits, au moins vingt mille soldats tués et une planète Terra, viable et déserte, entièrement contaminée — serait sans limite.
Le relief se précisait. Guidé par l’ordinateur dans lequel Butch avait entré les coordonnées, l’aéronef perdait rapidement de l’altitude et se dirigeait vers l’une des plus hautes montagnes. Quand elle boucha l’horizon, Butch réduisit la vitesse. Il repéra assez facilement l’endroit, coupa les gaz et posa l’appareil en douceur. Avant de sortir, il contrôla l’écran des détecteurs. Dans moins de deux heures, la planète tout entière serait radioactive. Plus aucun être humain ne pourrait y vivre et la faune indigène allait y passer. Butch s’interdit d’y penser. Il serait toujours temps de culpabiliser pour cette planète qu’il venait de sacrifier.
Il enfila sa combinaison qui était une merveille de technologie. Un cadeau de Gusar, le dernier cri dans les forces de l’ordre. Fine et légère, elle protégeait des températures extrêmes et des radiations — en quantité raisonnable. C’était aussi un vêtement furtif qui lui permettait de se fondre dans l’environnement et un puissant ordinateur pourvu de capteurs très efficaces, dont les circuits et le processeur étaient intégrés au tissu. Au niveau du cou, se trouvait le câble de connexion qu’il enficha dans son bioport. Instantanément, les différentes fonctions apparurent à la lisière de son champ de vision, accessibles d’une simple pensée. Dans un sac à dos, il enfourna rapidement quelques explosifs, une trousse de secours et des rations de survie. Il n’hésita qu’une seconde avant de prendre son révolaser. Il avait décidé d’être prudent.
Le pont était à environ un kilomètre à l’est, dans la forêt qui recouvrait la montagne à perte de vue. Butch ne mit pas longtemps à retrouver le chemin qu’il avait emprunté la première fois. Pendant qu’il avançait, il testa la télémétrie en ordonnant à l’IA de remettre les moteurs sous tension et de les maintenir en veille. Si les circonstances l’exigeaient, il voulait être capable de décoller immédiatement. La nature était anormalement silencieuse. Dans le ciel, d’un gris fade et uniforme, Butch aperçut des traînées fugitives à plusieurs reprises. En tombant sur la planète, les débris de l’armada se désintégraient au contact de l’atmosphère.
Il mit presque une demi-heure pour atteindre le pont. À mesure qu’il approchait, des nappes de brouillard naissaient sur le sol, s’étiraient entre les arbres, s’accrochaient aux branches. D’abord translucides, elles devinrent de plus en plus denses. Il sut qu’il était arrivé en reconnaissant un bruit de cascade complètement étouffé. Il devina l’artefact plus qu’il ne le vit. La brume créait une ambiance ouatée, irréelle, comme dans ces holo-programmes fantastiques de série B qui faisaient le bonheur des ados — et des ados attardés. Aucun monstre n’errait pourtant dans les parages, les capteurs de la combi étaient formels sur ce point. Butch s’était immobilisé. Il posa un pied sur le pont. Il crut entendre son nom. Un son lointain, mâché. L’ambiance aurait donné des sueurs froides à bien des endurcis. « …uuuch…
— Vous êtes là ?
— Buuchh ?
— Oui, c’est moi, Butch. Je suis seul. Vous pouvez vous montrer. »
Face à lui, de l’autre côté du pont, les bancs de brume s’agitèrent légèrement. Un visage apparut. Une femme. Son corps évanescent était drapé de blanc. « Nouvelle conversation ?
— Je vous l’avais promis.
— Poison envahit.
— Je suis désolé. Il n’y avait pas d’autre solution.
— Pas de culpabilité.
— Vous… vous allez vous en sortir ? »
Butch se sentit profondément stupide en prononçant ces mots. Mais c’était plus fort que lui. « Pas de culpabilité. Renaissance. Cycle nouveau.
— Oui… de nombreux cycles, j’en ai peur.
— Pas cycles humains. Cosmiques.
— Je… j’ai essayé de cacher votre existence. Ils m’ont coincé. Ce pont doit disparaître, maintenant. La radioactivité n’empêchera pas mes semblables de venir vous chercher.
— Après conversation.
— De quoi voulez-vous parler ?
— Bouleversements, fureur. Humanité… grand danger.
— L’humanité est en danger depuis longtemps. Elle est son propre danger, d’ailleurs. Si vous pouviez préciser…
— Non-humains. Avidité, cruauté. Destructeurs de vie. »
La silhouette se troubla et disparut dans les volutes de brouillard. Butch fit un pas de plus sur le pont. « Vous êtes toujours là ? »
L’entité se reforma. Le visage exprimait de l’inquiétude. « Temps fuit.
— S’il vous plaît, dites-m’en plus… De quoi parlez-vous ?
— Le renouveau. Protéger nouvelle vie.
— Je ne comprends pas…
— Vie de ma vie. Avenir.
— Mais… quelle vie ? »
Il n’y eut aucune réponse. L’entité se désagrégea à nouveau, comme la brume épaisse qui noyait la scène. En quelques secondes, chaque chose reprit sa place, les arbres réapparurent, le son de la cascade s’amplifia et s’éclaircit. Au milieu du pont se tenait un enfant. « Je m’appelle Valas.
— Mais, où est…
— Mère est partie. Nous devons partir nous aussi. Maintenant. »
Butch se dit que les radiations devaient déjà altérer son cerveau. Mais l’enfant était bien réel. Il se mit à marcher calmement et le dépassa pour se planter à dix mètres du pont. « Venez. Le pont va être détruit.
— Co… comment ça ? Je n’ai pas posé les charges…
— Approchez ! »
Le ton du gamin était impérieux. Butch était à peine arrivé à sa hauteur qu’un grondement résonna. La chute d’eau bucolique se transforma en geyser d’une incroyable puissance, qui tombait sur le pont avec une violence inouïe. L’artefact résonnait et tremblait comme si une main de géant le secouait. La chute grossit encore. Il y eut un bruit plus inquiétant. Des raclements. D’énormes roches fracassèrent le pont. En moins de cinq minutes, tout avait disparu. Plus personne ne pouvait imaginer qu’une construction s’était un jour dressée là. Puis la cascade diminua progressivement. Butch n’eut pas le temps de s’appesantir. Valas s’était engagé sur le chemin et avançait d’un pas ferme.
Ils décollèrent sans encombre. Pendant qu’il programmait le bond hyperluminique, Butch tenta de poser des questions à Valas. Qui était-il ? Que faisait-il là ? D’où venait-il ? Il se heurtait à un mur de silence. La seule information qu’il obtint fut un laconique : « Vous saurez tout à destination.
— Quelle destination ?
— Là où vous avez rendez-vous. Je parlerai. »
Valas resta muet durant tout le voyage de retour, jusqu’à la planque de Butch où les attendait Gusar à bord de l’Érythrée. La stupeur qui se peignit alors sur son visage buriné aurait été presque comique s’il ne s’était agenouillé devant l’enfant : « Bienvenue, fils de l’univers ! »
Inscription à :
Articles (Atom)


